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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 16:37

 

Il y a un moment dans la vie où il faut sortir ses émotions. Ecrire est ma thérapie. J’ai toujours beaucoup aimé écrire. J’en ai d’ailleurs fait, en quelque sorte mon métier.

Enfin, c’était mon métier.

Oui, c’était, parce que depuis le mois de mai dernier, j’ai rejoint à 39 ans, la grande famille Pôle emploi, pour la toute première fois de ma vie.

Pendant l’adolescence, pendant que certaines jouent encore à la poupée où que d’autres connaissent leurs premiers émois stylesque, hairlesque, ou amouresque, moi,  j’ai été piquée par le virus de la politique.

Je trouvais cet univers fascinant. Le fait d’adhérer totalement à des idées, de pouvoir contribuer à changer les choses, de s’engager tout simplement, était pour moi une bouffée d’oxygène.

 A 17 ans, j’ai franchi le Rubicon. J’ai adhéré à un parti. J’ai trouvé une deuxième famille. J’ai participé à des débats. J’ai appris à parler en public, à défendre mes idées. J’ai appris à coller des affiches le soir, en défiant la maréechaussée. J’ai occupé des bureaux. J’ai appris la vie, tout simplement.

Et quoi de plus naturel que d’en faire mon métier ?

Mon rêve s’est réalisé par un pur hasard d’une annonce dans la presse.

J’ai été recrutée.

 Je suis devenue collaboratrice parlementaire et je suis montée à la Capitaleu.

Je n’étais pas peu fière. Je me suis retrouvée propulsée du jour au lendemain sous les lambris dorés de la République. Moi la provinciale qui n’a pas étudié à Sciences Po.

 Ho bien sûr, mes collègues m’ont bien fait la blague « tu as laissé tes bottes en caoutchouc à l’entrée ? » ou affublé du surnom de la « Boulangère » parce que j’avais été serveuse en boulangerie. Mais rien ne m’atteignait.

J’avais réalisé mon rêve.

J’ai grandi au sein de ce Parlement. J’ai beaucoup travaillé. J’ai beaucoup appris. J’ai gagné en assurance. J’ai su me faire apprécier par mes collègues. Ils sont devenus eux aussi ma deuxième famille. De là, je n’ai plus compté mes heures. Je n’avais que très peu de vie sociale. On m’appelait tout le temps, souvent pour des broutilles, le soir, le samedi, le dimanche.

Les veilles de vacances, notamment à Noël, quand tous mes collègues buvaient un verre (ou plusieurs) lors de nos fameuses soirées au bureau, j’étais dans le bureau du Président entrain de terminer les cartes de vœux jusqu’à 23H.

Je faisais les séances de nuit aussi. J’adorais les séances de nuit. On travaillait beaucoup, mais mieux parce qu’il n’y avait pas le stress du téléphone toutes les 5mn. On se sentait soudés pendant les séances de nuit. Que l’on termine à minuit ou 3h du matin, à 9h le lendemain, j’étais à mon poste. Ce qui me valait souvent les « t’as dormi là ? » moqueur jalouse des secrétaires. Je m’en moquais. J’adorais mon travail.

Et puis en 2004, un nouvel élu est arrivé. Quelques jours après son élection, il est entré dans mon bureau et me dit qu’il cherche une assistante qui connait bien le métier et les rouages du Parlement. Il tombait bien, je commençais à tourner en rond après 7 ans. J’ai dit oui.

Et là, j’ai découvert un autre monde. Celui des assistants parlementaires.

C’est un travail merveilleux. Ingrat, très ingrat, mais formidable.

Il faut être multi-tâches pour exercer la profession d’assistant parlementaire, mais l’ennui ne nous gagne jamais.

Mon employeur m’a fait confiance et m’a demandé de lui rédiger ses discours. On ne m’avait pas encore donné l’occasion de le faire (à part quelques communiqués de presse). J’ai eu peur, j’ai eu la pression. J’ai travaillé comme une dingue. Le premier discours, on l’a retravaillé ensemble, mais la base était bonne. Cela m’a donné confiance en moi…. Et des discours, j’en ai écrit des dizaines et des dizaines depuis.

Ce n’est pas tout, un assistant parlementaire est à la fois secrétaire, assistante, attachée de presse et conseiller politique.

J’organisais l’agenda, je préparais ses interventions télévisées, je recevais les particuliers venus m’exposer un problème lors des permanences. Et puis, le soir venu, et le week-end, quand tout était calme, je pouvais enfin rédiger les discours.

Tout allait bien. J’étais heureuse, épanouie, je gagnais correctement ma vie. Pas à la hauteur de ce que je travaillais, mais je n’étais pas malheureuse.

Et puis, ce que j’aimais le plus au monde, la politique, est venu gâcher ce bonheur.

Enfin, non, pour être précise, ce n’est pas la politique qui a tout gâché, c’est la politique-politicienne. Les petites cuisines entre amis, le désir de vengeance, le désir de terminer une carrière en beauté, le souhait plus qu’ardent d’obtenir un portefeuille ministériel.

La machine s’est emballée d’un coup sans que je ne sente rien. On m’a tenu à l’écart des projets pendant de longs mois. Certainement parce que j’étais une fille (ça j’en suis convaincue). Et puis un jour, un article sort dans la presse. Et ce jour là, j’ai tout compris. J’ai surtout compris que ma vie professionnelle n’allait plus être la même. Et j’ai vu mon employeur se dérouter totalement de l’objectif premier que doit être un mandat parlementaire. Je l’ai vu rouler pour lui au service de ses ambitions et non de ceux de nos concitoyens. J’ai eu un mouvement de recul.

La machine m’a emportée moi aussi. Il faut dire qu’ils savent y faire à coup de « il n’y a que toi qui puisse t’en occuper », « à qui d’autres que toi je puis confier cette tâche ? ». Alors, en plus de toutes mes tâches quotidiennes, je me suis retrouvée à m’occuper de choses qui sortaient totalement des attributions de mon emploi. Mes semaines de boulot se montaient à 50 H, sans que je sois payée plus. Mais, je me disais que j’allais recueillir l’estime éternelle de mon employeur.

Jusqu’au jour où tout dérape. Les orientations politiques changent. L’entourage change. Et on vous demande vous aussi de changer d’orientation politique.

J’ai dit non.

Et ce « non »a mis un point final à ma carrière.

Ho, au début, je ne le pensais pas, puisqu’on m’a assuré que c’était fort dommage ; Que  j’aurais été fort utile si j’avais bien voulu continuer à m’occuper de ses taches « hors contrat » mais que je peux  assurer les tâches qui m’ont été confiées au premier jour, sans problème.

Et puis, au fur et à mesures des semaines, je me retrouvais de plus en plus seule. Des journées, voir parfois des semaines, à ne plus voir personne. Je tenais le mandat à moi seule. Je ne pouvais plus rien faire pour ces personnes qui venaient me voir, puisque mon employeur était parti vers d’autres cieux.

J’avais de plus en plus de mal à partir de chez moi le matin. Cette mise au placard insidieuse a eu raison de ma motivation.

Et puis, l’agressivité au bureau a fait place au « simple » désintéressement de ma petite personne. De fait, j’ai commencé à faire des crises d’angoisse, de la spasmophilie. On m’a dit « tu as un problème de comportement ». Alors, je suis allée voir un psychiatre.

J’ai eu des mots sur ce qui m’arrivait « harcèlement moral », même si j’ai toujours du mal à coller cette expression à mon expérience.

Je me suis enfoncée dans la dépression. Je me couchais le soir dès que j’arrivais chez moi. Je pleurais au bureau. J’avais des malaises de plus en plus fréquents dans les transports.

Finalement, l’inévitable arriva : rupture conventionnelle…

J’en ai rempli des seaux de larmes. Ma vie s’arrêtait. Puisque mon boulot, c’était ma vie, c’était ma passion.

Et puis, la tristesse a fait place au dégoût.

Alors, quand il a fallut que je commence à chercher un autre poste, je me suis naturellement dirigée vers autre chose que la politique. Je ne pouvais plus, je n’y crois plus. Moi la passionnée, le virus m’a quitté.

Mais, on n’en sort pas comme ça. Et pour l’instant, quand je suis reçue par un recruteur pour un poste d’attachée de presse, après avoir jeté un œil à mon cv, on me demande « de quel bord êtes-vous ? », « quel était votre employeur ? » et pire encore « si l’élection présidentielle avait lieu demain, pour qui voteriez vous »… je ne m’en sortirai jamais de ce milieu qui a fait de moi une princesse, mais qui m’a déchue du jour au lendemain.

Pourtant, je suis restée la même, sauf que je n’ai plus de conviction. Elles sont si bien enfouies au fond de moi, que je ne les vois plus, je ne les sens plus.

C’est fort dommage qu’un recruteur se borne à mon cv pour savoir si oui ou non, je suis capable de m’investir à fond sans leur casser les pieds. Ils ne voient donc pas dans mes yeux et dans mes paroles, ce dégoût de la chose dont ils sont entrain de me parler ? Pourquoi m’appellent ils pour un entretien ? Pour évacuer ce même dégoût qu’ils ressentent eux aussi ? Pour que je morfle à la place de ceux qui sont vraiment responsables ? J’ai un profond respect de la hiérarchie, et je me bats comme un autre, pour un produit auquel je crois.

En France dit on, il n’est pas aisé de sortir d’un carcan, oui, je le crois.

Quelle place a cet article dans un blog beauté ? Je me dis que si j’arrive à faire sortir cette aigreur que j’ai en moi, je serais plus belle.

La futilité a pour un temps remplacé ce qui avait le plus de sens pour moi. Ce blog, sans prétention aucune (et ça se voit) est pour moi un exutoire quand je n’en peux plus d’écrire encore et encore des lettres de motivation. Il me sert également à repartir quand je sens que la motivation me quitte.

Ce blog est récent et ne demande qu’à évoluer (ou pas), mais il me fait du bien. Et comme pour tout, j’assume toujours et totalement ce que je fais.

Je me dit qu'écrire cet article finalement, m'aidera peut être à tourner une page. Le deuil de mon travail, je l'ai fait et bien fait. Le deuil de la déception, pas encore.

Dès demain, je retourne à mes pots de crème 

 

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Published by les-mysteres-de-deso - dans Humeur
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commentaires

shoeaddict 12/12/2011 18:20


très touchnat ton post. Au début, tu m'as fait découvrir un monde auquel je suis étrangère, ensuite, j'ai compris la déchéance. On peut extrapoler, aujourd'hui de plus en plus de personnes qui
n'ont pas ton expérience sont dégoutées de la politique.... et quel choc de lire le résumé de tes entretiens! Comment osent ils poser ces questions? C'est comme la question offerte aux femmes
"pensez vous avoir des enfants prochainement?". Bref, aussi te dire que ton post a tout à fait sa place ici, blog beauté oui, mais blog où tu peux te libérer aussi! c'est à çà que çà sert!


Bon courage pour la suite de ta recherche d'emploi en tout cas.

les-mysteres-de-deso 17/12/2011 14:44



Merci beaucoup... les employeurs ont des progrès à faire dans l'impartialité des recrutements.. je demande juste un peu de respect. Le même que j'ai pour eux en fait :)



laraverikelo 11/12/2011 21:55


oh que oui je sais de quoi tu parles quand tu soulignes le fait que certains te prennes pour une illuminée quand tu t  égares du droit chemin! parce que être pour certain il n y a qu une
seule voie et malheur à toi si tu bifurques un peu ou bcp!


moi le politiquement correct ne passe pas par moi et ne passera jamais donc mes choix quels qu ils soient,  et ne m attirent pas tjrs des whaou!! mais bon je suis grande et on  connait
mes prises de position , encore faut il parler avec des personnes intelligentes..un peu rare de nos jours et moi les girouettes j ai envie de les claquer et de leur dire que si nous avons nos
asquis aujourd hui, c est grâce à une poignée de gens qui se sont battus.... 


certains ne voient que leurs propres avantages et sont malheureusement noyés en oubliant leurs pourquoi du comment et leurs convictions intimes, bien dommage, je contine de croire qu ils y a des
gens qui ont encore la foi dans leurs positions et qui nous écrasent pas à coût de fric qui polluent leurs pensées.


et tu as raison quand tu travailles avec des gens qui ne respectent plus leurs propres engagements, tu te sent trahi et il est temps de quitter le navire, avant de sombrer tous, quand le corps
dis stop il faut avoir du courage pour quitter un nid douillet mais si c est pour  s automutiler, la vie est trop courte décidément.


le monde du freelance est un monde qui pourrait te convenir avec toutes tes relations.


oh j ai oublié de te dire que je suis une incorrigible bavarde!!!!!!


chris

laraverikelo 11/12/2011 20:44


je suis contente que ce post  te remontes le moral mais bon l énergie tu la possèdes ou pas  , tu ne te
réveilles pas un matin en te disant que tu vas avoir une patate d enfer , l énergie  tu la puises en toi.....


j ai trouvé ma voie mais nous avons aujourd hui ,toi comme moi ,   non pas une, mais plus d une voie à explorer car il y a plusieurs vies dans une vie......


je n ai pas encore épuisé toutes mes cartouches!!!!


bonne soirée


chris


 

les-mysteres-de-deso 11/12/2011 20:54



:)


Non, je l'ai la pêche.. ce que je voulais dire par "remontage de moral", c'est que les gens ne comprennent pas toujours nos choix de laisser tomber un boulot bien payé... le cerveau dit stop,
mais le corps aussi, ça ne s'explique pas !


Sinon, je vais déjà tenter d'explorer une voie, parce que pour le moment, c'est pas facile facile de retrouver quelque chose "hors politique" alors que je suis hyper dynamique et tout bien comme
il faut  


Epuise bien tes cartouches...


Bonne soirée


:)



laraverikelo 11/12/2011 16:59


bonjour,


j ai toujours aimé les nanas hors du commun , avec du caractère et une forte personnalité , évoluant dans un monde un peu matcho et qui ont leurs PLACES.


du jour au lendemain repenser sa vie et ses convictions n est pas forcément tjrs facile, mais même si je ne te connais pas tu as suffisament de ressources pour cela!


curieusement je suis moi même à un tournant de ma vie aujourd hui , pour ma part j ai tjrs préfére claquer des portes pour être en harmonie avec mes convictions que de subir celles des autres, et
le payer très cher, la liberté de penser est le  prix à payer.


bonne continuation .........


chris

les-mysteres-de-deso 11/12/2011 20:26



Bonsoir Chris,


Whoua tu ne peux imaginer à quel point un commentaire comme le tien fait du bien. 


Me regarder dans une glace tous les matins est une chose de plus en plus importante pour moi... et claquer des portes est effectivement le prix à payer pour cela.


Apparemment, c'est ce que tu as fait. J'espère que tu as su trouver ta voie...


Merci :)



prisluna 29/11/2011 22:20


Très bel article, très touchant....Tu peux être fière du chemin parcouru !


Je t'embrasse.

les-mysteres-de-deso 08/12/2011 08:31



Merci 



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